Perdre du poids : J’opte pour une nutritionniste, un coach en nutrition ou le nouveau régime à la mode?

Est-ce que les « coachs en nutrition » sont aussi bien formés que les nutritionnistes? Est-ce que les personnes qui vendent des régimes sont aptes à donner des recommandations en nutrition? C’est quoi, au juste, une nutritionniste? Une personne qui compte des calories et qui me force à manger du tofu? Vu passer sur les réseaux sociaux : « Je cherche une nutritionniste, mais une bonne là! », « J’ai déjà essayé de perdre du poids avec une nutritionniste, ça ne marche pas », « Les nutritionnistes, elles travaillent pour leur portefeuille », « Les recommandations des nutritionnistes sont basées sur l’astrologie et leurs partenariats avec les industries ». What the f… ! Je ne détiens pas la vérité absolue, mais je vais toujours bien t’expliquer ma vision de tout ça ?.

Avertissement…

Avant de commencer à lire cet article, je vais t’expliquer une chose vraiment importante. Je t’avertis, je vais vanter ma profession et la défendre avec tout mon cœur. Ça s’adonne que ma profession demande une formation universitaire. Comme c’est parfois un sujet sensible, je TIENS à préciser que je ne crois pas qu’il y ait de sous-métiers. J’ai grandi sur une ferme, mes parents sont les personnes les plus travaillantes que je connaisse et sont aussi celles que j’admire le plus dans le monde entier. Ils n’ont pas été à l’université pour exercer leur métier, ils ont été à l’école de la vie…mais pas celle d’aujourd’hui, celle qui demandait qu’on se lève avant le coq, qu’on travaille encore après le coucher soleil et où, entre les 2, on bûchait fort pour le bien de la famille et de l’entreprise. Vous savez, dans le temps où on était encore reconnaissants des agriculteurs qui nous nourrissent plutôt que d’être méprisants envers eux…

Bref, je ne crois pas que d’aller à l’université donne plus d’intelligence à quelqu’un, encore moins de valeur. Par contre, je crois aussi que le nombre d’heures d’études vouées à un domaine particulier, surtout quand le contenu étudié est appuyé par une majorité de scientifiques qui s’entendent sur la même affaire (en étant conscients que ce n’est pas parfait, qu’on ne connait encore rien de la vie, au fond, et qu’on n’arrêtera jamais d’être en mode apprentissages), ça, ça permet à une personne d’en connaître beaucoup plus dans un domaine et, par conséquent, d’être plus apte que d’autres à en parler et à conseiller les gens là-dessus. Il me semble que c’est logique.

Je trouve ça dommage que, quand j’essaie de défendre un point en nutrition et que quelqu’un doute de la véracité de ce que je dis, si j’ose dire « J’ai quand même étudié pendant 3 ans et demi dans le domaine…en plus de faire partie d’un Ordre professionnel et de faire de la formation continue depuis 11 ans », c’est clair que je me fais traiter de péteuse, condescendante, etc. Les personnes voient ça comme de la vantardise et une façon de rabaisser les autres. Ce n’est tellement pas le cas. C’est simplement qu’il me semble qu’en étant autant formée dans ce domaine particulier, ça fait de moi une spécialiste pas mal plus au courant qu’une autre personne qui, par exemple, a fait quelques heures d’une formation X en nutrition (formation qui n’a d’ailleurs pas été appuyée par un regroupement scientifique CRÉDIBLE), ou encore une personne qui se base simplement sur l’expérience vécue avec ses clients pour conseiller ses autres clients!

C’est quoi, une nutritionniste?

Nous ne sommes pas cuisinière, ni compteuses de calories. Pour être nutritionniste, au Québec, on doit avoir un baccalauréat de 3 ans et demi en nutrition, incluant des stages. On étudie, bien sûr, la science des aliments et des nutriments, la gestion du poids en long et en large, mais aussi la biologie, la biochimie, la psychologie (pas autant que les psychologues, bien sûr), la gestion et plusieurs autres choses.

Autrement dit, on est loin de se contenter de savoir « il y a combien de calories dans ça? » (en passant, la réponse est : « je ne le sais pas, je ne suis pas une calculatrice! »…bon je peux l’estimer, mais je ne connais pas par cœur le nombre de calories de chacun des aliments. Une bonne chose de réglée!).

Une fois le baccalauréat complété, ça ne s’arrête pas là. Pour avoir le droit de se dire « diététiste » ou « nutritionniste », on doit faire partie de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ), donc y cotiser annuellement et respecter ses règlements et son code de déontologie. Ça inclut, entre autres, de faire un minimum de 20 heures de formation continue par année. Si tu crois que l’argent qu’on donne à notre ordre professionnel sert à acheter qui que ce soit, détrompe-toi. Un ordre professionnel sert à protéger le public. Donc, notre cotisation annuelle sert à s’assurer que la population reçoive les meilleurs services de nutrition, entre autres en veillant à ce que les nutritionnistes soient non seulement formées adéquatement à partir des plus récentes données scientifiques reconnues, mais aussi qu’elles mettent constamment leurs connaissances à jour. Ne devient pas nutritionniste du jour au lendemain qui le souhaite. C’est d’ailleurs pour ça qu’on mord fort quand quelqu’un se prétend « nutritionniste » ou « diététiste » et ne l’est pas. On travaille fort et on paie le gros prix pour avoir ces titres, c’est donc très frustrant quand quelqu’un qui n’a ni fait les efforts, ni payé pour, usurpe notre titre durement gagné. Par contre, étant donné que les titres « diététiste » et « nutritionniste » sont protégés par la loi (on peut aussi dire « diététicienne », mais c’est un titre de moins en moins utilisé), il existe au moins un recours quand le titre est utilisé illégalement. Si jamais vous connaissez quelqu’un qui le fait, vous pouvez porter plainte ici :

https://opdq.org/wp-content/uploads/2019/09/Formulaire-de-denonciation-DEN02.pdf

Définition d’un ordre professionnel selon l’Office des professions du Québec : Un ordre professionnel est un organisme désigné par la loi et auquel l’État délègue le pouvoir d’encadrer l’accès et l’exercice d’une profession afin de garantir l’exécution compétente et intègre des activités à risque qui la caractérisent. Cet organisme est composé des membres de la profession et ils la dirigent grâce à un mécanisme électif. Sous réserve du droit de regard de l’Office des professions et du gouvernement, la profession établit ainsi ses propres règlements, voit à son autofinancement et s’autodiscipline1.

  1. Office des professions du Québec.| En ligne | : https://www.opq.gouv.qc.ca/ Novembre 2019.

Ce qui est le plus frustrant, c’est quand certaines personnes détournent la loi en jouant avec les mots, par exemple, en utilisant des termes comme « spécialiste en nutrition » ou « coach en nutrition ». Ce sont des termes carrément inventés. Malheureusement, ces personnes ont le droit d’utiliser ces titres, même s’il n’existe aucun regroupement crédible pour appuyer leurs recommandations ou leurs méthodes de travail. C’est la responsabilité du public d’être assez vigilant pour se tourner vers des professionnels reconnus. Je pourrais bien me nommer, demain matin, “coach en limage d’ongles d’orteils”. Puisqu’il n’existe pas de titre réservé par la loi, je pourrais donner n’importe quel conseil, charger le gros prix et faire la piastre avec ça tant et aussi longtemps qu’il y aurait des gens pour embarquer dans mon affaire. Why not? Ça me tente… ? Ark, ben non, trop dégueux, des orteils, haha!

Lu sur les réseaux sociaux : je te réponds

Bon, maintenant que tu sais un peu mieux quel est mon métier, je vais répondre aux commentaires louches que je vois passer sur les réseaux sociaux trop régulièrement.

  • « Je cherche une nutritionniste, mais une bonne là! ».

Puisqu’on fait partie d’un ordre professionnel, on a toutes la même formation. Même si les choses évoluent d’années en années, on est obligée de se tenir à jour. Donc, la nutritionniste Micheline de 50 ans détient pas mal les mêmes informations que la nutritionniste Alexandra de 22 ans qui vient de finir l’université. Micheline a plus d’expérience, oui, mais Alexandra a quand même fait plusieurs heures de stage pour être apte à exercer. C’est possible que ça clique plus avec une nutritionniste qu’une autre, mais il reste qu’une nutritionniste, ce n’est pas comme une coiffeuse dont les talents diffèrent d’une à l’autre. On est toutes formées et encadrées de la même façon,  la seule différence est qu’on n’exerce pas toutes dans le même domaine. Donc, elles sont toutes bonnes, les nutritionnistes, puisqu’elles ont toutes des comptes à rendre à leur ordre professionnel et, si elles ne respectent pas ses normes sévères, elles sont radiées et ne peuvent plus exercer.

  • « J’ai déjà essayé de perdre du poids avec une nutritionniste, ça ne marche pas »

La nutritionniste te conseille et te motive du mieux qu’elle le peut. La perte de poids n’est jamais quelque chose de linéaire et la nutritionniste ne tient entre ses mains ni ton comportement, ni tes gènes, ni tes démarches antérieures qui nuisent à ta capacité à perdre, ni rien d’autre qui influence ton poids. Jamais une nutritionniste ne mettra sur le dos d’un client/patient le fait qu’il soit incapable de perdre du poids ou qu’il en ait repris. Par contre, ce n’est pas plus de sa faute à elle. Au lieu de la pointer du doigt, as-tu réfléchi au fait que tu n’étais peut-être pas prêt à changer pour de bon? Est-ce que c’était le bon timing? As-tu persévéré dans ta démarche ou, au premier écart de conduite, tu as eu peur de la décevoir et tu n’es jamais retourné la voir? La gestion du poids implique une multitude de facteurs et de prétendre que c’est la nutritionniste qui est dans le tort si tu n’y parviens pas, c’est de se mettre ta tête dans le sable et refuser de voir quels sont les réels obstacles qui se cachent derrière tout ça.

Contrairement aux régimes populaires, la nutritionniste ne se contente pas de te donner une petite poudre magique et d’ensuite mettre l’entière responsabilité de ta perdre de poids uniquement sur toi. Puisqu’elle dépend beaucoup de ta propre motivation et que ce qu’elle te donne n’est pas tangible (des conseils, ça ne se touche pas, ce n’est pas concret), c’est facile de baisser les bras et de dire que tout est de sa faute.

  • « Les nutritionnistes, elles travaillent pour leur portefeuille »

Ici, je te réfère à ce que j’ai écrit plus haut. On fait partie d’un ordre professionnel, on ne peut pas dire et faire ce qu’on veut. Parfois, j’aurais le goût de me dire : « Aaaah pis de la shnout, moi aussi je vais vendre de la poudre de shake de perlimpinpin, je vais bien moins me casser la tête et faire de l’argent plus vite et plus facilement », mais je ne peux pas parce que c’est interdit par mon ordre et parce que je ne me sentirais pas honnête. Par contre, je ne te cacherai pas que, quand je me fais ramasser par un client qui refuse de comprendre la complexité de la perte de poids et qui met entièrement sur mon dos le fait qu’il ne perde pas ou pas assez de poids, ce qui heureusement, n’arrive que très rarement, j’aurais le goût de lui vendre une p’tite poudre magique et de lui dire : « Tiens, ne bois que ça pendant 1 mois, tu vas le perdre le poids que tu souhaites perdre! » (et intérieurement me dire : « Étouffe-toi donc avec et on se reverra dans 6 mois, quand tu auras tout repris et même plus… Évidemment, je ne me contente que de le penser! ?).

On veut quand même gagner notre vie, bien sûr, c’est notre métier, mais on le fait honnêtement.

  • « Les recommandations des nutritionnistes sont basées sur l’astrologie et leurs partenariats avec les industries »

En fait, c’est tellement stupide comme commentaire que je n’arrive même pas à comprendre comment le lien aurait pu se faire entre les nutritionnistes et l’astrologie. D’ailleurs, je ne suis même pas certaine d’où provient ce commentaire au juste. J’ai cru comprendre que ça venait de certains animateurs d’une radio de Québec. Pour avoir habité à Québec pendant mon baccalauréat, on n’a pas besoin de me nommer la station pour me douter d’où ça vient… La seule chose que je peux dire, c’est que vous, animateurs visés de la région de Québec, devriez visiter l’Université Laval pour mieux comprendre ce qui nous est enseigné…t’sais, ce n’est pas trop loin, ça ne vous demandera pas un gros effort. Après ça, on se rejasera d’astrologie…ou pas. Je n’ai même pas envie d’élaborer plus que ça sur le sujet, il faut que j’aille lire mon horoscope du jour, tu comprends. ?

Par contre, je peux comprendre que certaines personne se questionnent lorsque des nutritionnistes parlent d’un produit en particulier ou en soient le visage publicitaire, par exemple Isabelle Huot qui représente les pains St-Méthode. Je me suis moi-même souvent questionnée sur le côté « éthique » de la chose, mais après m’être informée sur le sujet, j’ai compris que c’était très acceptable. Il faut savoir que les nutritionnistes ne peuvent AUCUNEMENT faire en sorte d’induire les gens en erreur par rapport à un produit, de promouvoir quelque chose qui nous pousserait à croire qu’il s’agit d’un bon choix, alors que ce n’est pas le cas. Elles ne peuvent pas dire n’importe quoi non plus. Ce serait un peu compliqué de tout t’expliquer, mais tu n’as qu’à retenir qu’il y a certaines normes à respecter dans la façon de faire de la pub. Notre ordre professionnel veille, encore une fois, à protéger le public en effectuant une surveillance à ce niveau. Dans le cas d’Isabelle Huot, les pains St-Méthode dont elle est le visage sont de bons choix, donc c’est tout à fait légal. Si elle se mettait à faire des publicités pour les gâteaux Vachon, par exemple, je ne donnerais pas cher de sa carrière. Elle serait radiée de l’ordre et perdrait toute crédibilité à travers toute la profession et dans la communauté scientifique. C’est pour ça que, dis-toi que quand une nutritionniste accepte un contrat publicitaire avec une compagnie, c’est parce qu’elle ne doute pas du côté nutritif du produit, car elle pourrait perdre gros.

Isabelle Huot

Pourquoi les nutritionnistes n’auraient-elles pas le droit de faire la promotion de produits santé alors qu’il y a tellement de vedettes qui font de la pub pour des produits comme de la liqueur, des chips ou des boissons énergisantes? Je trouve que ça ramène un certain équilibre. Bien sûr, tant et aussi longtemps que le phénomène sera bien réglementé et encadré. Être payée pour parler des bienfaits des bleuets du Québec, par exemple? Pourquoi pas? Qu’est-ce qu’il y a de mal là-dedans? Peut-être qu’on va enfin réussir à convaincre les gens d’en manger plus souvent! On a le droit de vivre, nous aussi! La journée où je verrai une nutritionniste prêter son visage à un produit dont je doute de son côté nutritif, je serai la première à crier haut et fort à l’injustice et exiger qu’on retire cette pub et que la nutritionniste soit sévèrement punie!

Et si je veux faire un régime malgré tout?

Le plus drôle dans tout ça, c’est que les gens qui vendent des régimes, eux, font la promotion d’un produit qu’ils vendent eux-mêmes, donc on s’entend que l’argent va directement dans leurs poches s’ils réussissent à convaincre les gens de leurs vertus, mais on dirait que personne ne se questionne sur le côté éthique de tout ça. Ça, c’est comme, pas grave. On les croit sur paroles.

Le pire, c’est qu’on connait tous les conséquences des régimes amaigrissants, mais on dirait qu’on ne veut pas y croire. Ça pèterait notre balloune. Juste pour te faire un p’tit refresh, je t’en fais une liste non exhaustive ici :

  • Effet « yo-yo » des régimes draconiens : regain de poids et sentiment d’échec
  • Fonte musculaire et perte d’eau associées aux tissus perdus, entraînant une diminution du métabolisme de base et des dépenses énergétiques au repos
  • Risque de déshydratation, d’hypotension, de troubles de digestion (constipation, diarrhée), de perturbation hormonale, de perte de cheveux et de crampes musculaires
  • Risque de carences nutritionnelles en protéines, en lipides essentiels, en calories, en certaines vitamines et minéraux (en fer, en calcium, etc.)
  • Risque de maladies, telle l’anémie ou l’ostéoporose
  • Risque de déséquilibre électrolytique, d’arythmie et d’arrêt cardiaque lié à un régime hypocalorique sévère
  • Risque de gain de poids associé aux tentatives répétées de perte de poids
  • Développement d’une relation malsaine avec la nourriture et avec le corps
  • Perte de contact avec les signaux de faim et de satiété
  • Fatigue intense, mal de tête, difficulté à se concentrer et diminution de la productivité
  • Diminution de l’estime de soi, insatisfaction corporelle, sentiment d’échec et de culpabilité
  • Préoccupation excessive à l’égard du poids, ou encore développement de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc.)

2. Association pour la santé publique du Québec. | En ligne | : http://www.aspq.org/uploads/pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf Novembre 2019.  

Si jamais tu doutes de ce que je te dis, parce que je suis moi-même nutritionniste, donc c’est évident que je vais défendre ma profession et non les régimes populaires, voici un document assez convaincant de l’Association pour la santé publique du Québec : http://www.aspq.org/uploads/pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf

Malgré tout ça, si tu choisis un régime ou un coach en nutrition, tu as le droit. Tant que tu le fais en connaissance de cause. Rendu là, tu es assez grand pour prendre tes propres décisions. J’aurai au moins défendu mon point et démystifié certains aspects de ma profession!

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